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Accueil >> Ce qui nous a frappé >> Ce qui nous a frappé le 1 juin 2026 - Si Ben-Gvir ne représente pas Israël, qui le fera alors ?
Ahmad Tibi 25. Mai 2026o
Dans une vidéo publiée la semaine dernière, on voit des militants de la flottille pour Gaza, qui ont été arrêtés, agenouillés sur un sol métallique, entourés de conteneurs. Credit: Capture d'écran/Itamar Ben-Gvir
Les réactions à l'affaire de la flottille ont mis à nu la fiction qui est au cœur de la politique israélienne : celle selon laquelle le racisme et l'extrémisme, qui déterminent aujourd'hui la politique du gouvernement, n'existeraient qu'à la marge.
Après les mauvais traitements honteux infligés par le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, aux militants de la flottille internationale qui tentait de briser le blocus de la bande de Gaza, la réaction en chaîne attendue s’est produite. Ces mauvais traitements comprenaient l’humiliation publique et la moquerie des militants. Ils ont transformé la prise de contrôle violente et digne de pirates par Israël des navires de la flottille, qui constituait déjà une violation du droit international, en un terrible cirque politique. En conséquence, les pays européens ont convoqué les ambassadeurs israéliens et ont émis des condamnations, tandis que les médias du monde entier ont une nouvelle fois dépeint Israël comme un pays agressif, violent et déchaîné, complètement hors de contrôle.
Puis, comme toujours, le mécanisme national de déni s’est mis en marche. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a immédiatement déclaré que « la manière dont le ministre Ben Gvir a traité les militants de la flottille n’est pas compatible avec les valeurs et les normes d’Israël ». Cette remarque est déjà devenue l’un des mensonges les plus utiles de la politique israélienne. Ben-Gvir n’est pas représentatif d’Israël. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich ne l’est pas. La ministre May Golan ne l’est pas. Le ministre de la Communication Shlomo Karhi ne l’est pas. Les colons violents ne le sont pas. La « jeunesse des collines » ne l’est pas non plus.
Alors s’ils ne sont pas représentatifs de ce pays, qui l’est ? La vérité est simple, mais aussi bien plus effrayante. Ils sont représentatifs de ce gouvernement. Smotrich et ses valeurs horribles, ainsi que ses opinions ethno-suprémacistes, constituent actuellement une partie centrale du gouvernement israélien. Et Ben-Gvir non plus n’est pas une exception au système. Il en est plutôt le produit naturel. Le kahanisme a depuis longtemps pris le contrôle du gouvernement, de la Knesset, du débat national et d’une partie considérable des médias, ce qu’on peut voir dans la politique, le langage, les pratiques et la législation.
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La vérité, c'est que depuis le 7 octobre 2023, la plupart des Israéliens font preuve, à des degrés divers, de kahanisme. Quelque chose a changé au plus profond de la conscience collective. La peur, la vengeance, le sentiment d'être une victime et la colère sont devenus, pour beaucoup, un terreau fertile pour normaliser le racisme, la déshumanisation, la suprématie juive et la violence politique. Mais dès qu’il s’agit pour la société israélienne de se regarder dans le miroir, c’est tout de suite le déni. « Ce n’est pas nous », disent les gens par réflexe. « Ce sont les extrémistes. Ils ne sont pas représentatifs. »
Mais le miroir ne ment pas. Des comportements autrefois jugés inacceptables et dangereux sont devenus la norme. Ce que les manifestants chuchotaient autrefois en marge d’un rassemblement raciste est aujourd’hui dit à la table du Conseil des ministres et dans les médias grand public. Quand on réfléchit aux œuvres d’Hannah Arendt, le problème ne semble pas être qu’il y ait des gens mauvais, mais plutôt que des gens ordinaires acceptent le mal comme une évidence. Et c’est là le véritable danger auquel Israël est confronté aujourd’hui – pas seulement l’existence d’extrémistes, mais le fait que l’extrémisme a cessé d’être choquant.
« Chaque époque a son propre fascisme », a averti Primo Levi. Aujourd’hui, le fascisme israélien ne s’exprime pas à travers des gens en chemises noires, mais à travers la législation, dans les studios de télévision, dans les publications des ministres sur les réseaux sociaux et à travers l’humiliation publique des gens.
La réaction de l’opposition israélienne ne fait que révéler toute l’ampleur du problème. Naftali Bennett a réagi aux actes et propos horribles de Ben-Gvir en proposant de créer une agence de diplomatie publique « forte et efficace ». Vraiment ? C’est ça le problème ? La diplomatie publique (« Hasbara » en hébreu) ? Le monde n’est pas choqué parce qu’ils n’ont pas réussi à mieux expliquer ces scènes. Le monde est choqué parce qu’il comprend trop bien ce qu’il voit.

On ne peut pas s’attendre à éradiquer le racisme par des campagnes de relations publiques. Quand les politiciens israéliens parlent sans cesse de « hasbara », ils veulent en réalité dire que ce ne sont pas les actes eux-mêmes qui posent problème, mais plutôt la façon dont le monde les perçoit. Cette attitude montre à quel point le mal est profond.
Bien que ce phénomène soit un mal très répandu, il y a une personne à sa tête. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou représente Israël plus que quiconque. Il n’est pas une victime de ces développements, mais leur architecte. C’est lui qui a légitimé le kahanisme, l’a embelli, l’a fait entrer au gouvernement et en a fait le centre du pouvoir politique en Israël. Aux yeux d’une grande partie du monde, Netanyahou est synonyme d’une politique sans précédent d’extermination et de destruction, de punition collective et d’expulsion de la population civile.
Les images de dizaines de milliers d’enfants morts, de quartiers rasés, de la famine, des réfugiés et de la destruction totale sont indissociables de la perception actuelle d’Israël dans le monde. Quand ses ministres parlent ouvertement d’« émigration volontaire », de l’anéantissement de villes et de la privation de nourriture, le monde ne voit pas là des lapsus, mais une politique.
Netanyahou essaie peut-être parfois de se distancier des extrémistes qui l’entourent, mais concrètement, c’est lui qui leur a donné le pouvoir, le soutien et la légitimité. Ce sont donc le gouvernement israélien et la personne à sa tête qui représentent le visage de l’État d’Israël. Netanyahou joue avec le feu depuis des années, en pensant pouvoir le contrôler. Il a attisé la haine contre les Arabes quand il avait besoin de voix, et contre la gauche quand il devait survivre politiquement.
Il a attisé la haine contre le système judiciaire, démantelé tout système de séparation des pouvoirs et bafoué toutes les normes publiques. Aujourd’hui, il n’a plus aucun contrôle sur le monstre qu’il a lui-même créé. À bien des égards, il en est devenu le prisonnier.

Des Palestiniens déplacés dans le centre de la bande de Gaza en septembre. Photo : Eyad Baba/AFP
Sa tentative de présenter Ben-Gvir comme quelqu’un qui ne défend pas les « valeurs d’Israël » n’est donc pas seulement de l’hypocrisie, mais aussi un aveu du fait que le monde assimile Israël à son gouvernement et à la violence, aux abus, à l’humiliation et au racisme de celui-ci. Le monde ne croit plus à la séparation artificielle entre eux et Israël. Un gouvernement démocratiquement élu façonne l’image d’un pays.
Comme Netanyahou est à l’origine de cette injustice politique et morale qui a conduit Israël à un point où le kahanisme n’est plus une exception, mais une partie intégrante du système, il doit partir pour que Ben-Gvir, Smotrich, leur racisme et leur culture d’incitation à la haine disparaissent aussi. Ça prendra des années pour endiguer le kahanisme, mais on doit essayer.
L'auteur, Ahmad Tibi, est député à la Knesset au sein du groupe parlementaire Hadash-Ta'al.