Association Suisse-Palestine

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https://www.nachdenkseiten.de/?p=149196Leukefeld Sein oder Schein

Pendant qu’à Washington, les appareils photo cliquent et que les diplomates parlent de « rencontres historiques », les bombes continuent de tomber au Liban. Karin Leukefeld, depuis Beyrouth, décortique la mise en scène qui se cache derrière les gros titres : beaucoup de symbolisme, peu de paix. Derrière les belles paroles sur le cessez-le-feu et la stabilité se cachent la politique de puissance, des plans d’occupation et la destruction continue d’un pays dont la souveraineté n’est apparemment qu’une préoccupation secondaire pour l’Occident.

Pour info :
Alors que ce texte a été rédigé le jeudi 16 avril 2026, le président américain Donald Trump a fait des déclarations politiques dont il est question dans le texte. Selon les dernières informations, un « cessez-le-feu au Liban » devrait entrer en vigueur jeudi soir à 21 h GMT (22 h CET et minuit au Liban). Pour 10 jours ! Et après ? Cet article sur la rencontre entre les ambassadeurs libanais et israéliens à Washington et sur ce que cela a à voir avec la guerre américano-israélienne contre l’Iran vise à faire la lumière sur le brouillard médiatique qui plane sur la Méditerranée orientale jusqu’à la région du golfe Persique. Ce qui se passe réellement et quels sont les véritables plans des acteurs reste flou. On ne dit rien des pertes et des souffrances de la population. On ne dit rien de ce que souhaitent les habitants originels de cette région. (kl)

Une réunion d'ambassadeurs à Washington, dans le brouillard médiatique

Une rencontre entre l'ambassadrice du Liban aux États-Unis, Nada Hamadeh Moawad, et l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis, Jechiel Leiter, à Washington mardi dernier a fait grand bruit dans les médias. La rencontre s'est déroulée au département d'État américain, sous l'égide du secrétaire d'État américain Marco Rubio.

En accueillant les deux diplomates et en les saluant devant la table de conférence décorée de fleurs, sous l’œil des caméras, il a fourni les images qui ont fait le tour du monde. Rubio a félicité les deux pays pour cette « rencontre historique », qui devait porter sur un cessez-le-feu et le désarmement du Hezbollah.

Selon Rubio, cette première rencontre directe entre les ambassadeurs des deux pays depuis 1993 devait permettre d’explorer le cadre d’un « accord de paix » entre le Liban et Israël. Le gouvernement libanais a simplement parlé d’une « rencontre préliminaire ». Le ministre des Affaires culturelles, Ghassan Salame, a déclaré devant des journalistes à Beyrouth qu’on visait une « interruption des activités militaires ». Israël avait déjà clairement indiqué qu’il « n’accepterait aucun cessez-le-feu », ont rapporté les médias israéliens. Le Premier ministre Netanyahou a déclaré à plusieurs reprises que l’objectif des « opérations militaires » israéliennes était « le désarmement du Hezbollah ». Le gouvernement libanais, qui avait déclaré « illégale » la branche armée du Hezbollah le 2 mars, poursuivait le même objectif.

Le chancelier fédéral Friedrich Merz a téléphoné au Premier ministre israélien pour l’« encourager à engager des pourparlers de paix directs ». Les « combats dans le sud du Liban » devaient cesser, a déclaré le porte-parole du gouvernement Stefan Kornelius à Berlin, selon l’agence de presse allemande dpa. Le Hezbollah devait déposer les armes.

Le ministre fédéral des Affaires étrangères Johann « Jo » Wadephul a lui aussi décroché son téléphone pour appeler son homologue libanais Youssef « Joe » Rajji. Des discussions directes entre Israël et le Liban sont importantes pour l’avenir des deux pays, selon le communiqué de la dpa : « Les intérêts légitimes d’Israël en matière de sécurité et le droit du Liban à l’intégrité territoriale et à la souveraineté » doivent être respectés, selon un message publié sur X, anciennement Twitter. Les attaques du Hezbollah doivent cesser et le gouvernement fédéral « soutient l’exercice du monopole de la force par le Liban sur l’ensemble de son territoire et le désarmement du Hezbollah. En même temps, l’armée israélienne doit protéger la population civile et les infrastructures civiles. »

À ce stade, d’un point de vue journalistique, il convient de souligner que le ministre allemand des Affaires étrangères, lors de ses entretiens avec son homologue libanais (!), place toujours les intérêts d’Israël au premier plan, et non ceux du Liban, que le ministre libanais des Affaires étrangères représente.

Le jour où la chancelière et le ministre des Affaires étrangères se sont téléphonés, le ministère libanais de la Santé a annoncé qu’Israël avait tué plus de 2 124 personnes depuis la reprise de la guerre le 2 mars 2026. 6 921 blessés ont été recensés. Dans le sud du Liban, dans la plaine de la Bekaa et dans certaines parties de Beyrouth, les infrastructures civiles ont été détruites par des frappes aériennes, des attaques de drones et des frappes maritimes israéliennes, notamment des habitations, des hôpitaux, des infrastructures urbaines et des centres de santé. À Naqoura, la ville la plus au sud-ouest du Liban, le bâtiment de l'autorité portuaire libanaise a été détruit. On ne sait pas si ces faits ont joué un rôle dans les discussions en question.

Plus d'apparence que de réalité

Aucun résultat concret de la réunion des ambassadeurs n'a été rendu public. Un porte-parole du département d'État américain a parlé d'une « étape historique », ajoutant que les États-Unis soutiendraient la poursuite des discussions. Washington soutient les projets du gouvernement libanais visant à faire respecter le monopole de la force contre le Hezbollah et à « mettre fin à l'influence dominante de l'Iran ». Israël a le droit de se défendre contre les attaques du Hezbollah. Si le Liban et Israël parviennent à un accord, le Liban peut s’attendre à « une aide importante à la reconstruction et à la relance économique », selon le département d’État américain. Les opportunités d’investissement concerneraient les deux pays.

Vu de près, les gros titres sur la rencontre entre les ambassadeurs semblent plus « d’apparence que de substance ». « L’essentiel, c’est d’avoir une photo », commentent des interlocuteurs à Beyrouth. Et le président du Parlement, Nabih Berri, estime : « Une hirondelle ne fait pas le printemps ».

Le contexte, c'est la guerre américano-israélienne contre l'Iran

La rencontre à Washington a eu lieu sous la pression de l'administration américaine. Elle s'inscrit dans le contexte de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, qui a été suspendue pour deux semaines le 8 avril grâce à un cessez-le-feu négocié par le Pakistan, l'Arabie saoudite, l'Égypte et la Turquie. Avant les discussions bilatérales entre les États-Unis et l’Iran, les deux parties avaient dressé une liste de leurs exigences. L’Iran avait également demandé un « cessez-le-feu global dans la région, y compris au Liban, au Yémen et à Gaza », ce à quoi, selon le médiateur pakistanais, les États-Unis n’avaient pas opposé de refus.

Israël n'est d'accord ni avec le cessez-le-feu ni avec les exigences iraniennes d'un « cessez-le-feu global dans la région » et y voit une menace pour le projet « Grand Moyen-Orient » et « Grand Israël » des États-Unis, de l'UE et de l'OTAN. Quelques heures seulement après le début du cessez-le-feu le 8 avril, Israël a lancé vers midi une vague d’attaques massives et éclair sur le Liban, y compris la capitale Beyrouth. Les secouristes et le ministère libanais de la Santé ont fait état dans la soirée de ce jour-là de près de 350 morts, dont de nombreux enfants, femmes et personnes âgées. Les critiques à l’encontre d’Israël se sont intensifiées au niveau international, les États-Unis ont dû agir. Depuis ce jour-là, Beyrouth au moins n’est plus touchée par les attaques israéliennes.

Pour faire avancer les discussions avec l’Iran, les États-Unis se sont vus contraints de « faire un geste » envers Israël et ont insisté pour que les ambassadeurs du Liban et d’Israël se rencontrent à Washington, dans le but de pousser le Liban à faire des concessions et d’obtenir d’Israël qu’il accepte un cessez-le-feu.

Le président américain Trump annonce un cessez-le-feu de dix jours au Liban

Les médias israéliens (Haaretz) ont rapporté jeudi qu'un cessez-le-feu d'une semaine avait déjà fait l'objet de discussions au sein du gouvernement israélien mercredi soir. Dans le même temps, le Premier ministre israélien Netanyahou aurait déclaré avoir ordonné à l'armée d'intensifier encore les attaques contre le Hezbollah. Le président américain Donald Trump s'est exprimé sur ses réseaux sociaux en annonçant que « les dirigeants (politiques) d'Israël et du Liban » se parleraient jeudi. Du côté du gouvernement de Beyrouth, on a déclaré ne pas être au courant d'un quelconque contact imminent. Dans la soirée, on a appris que le président américain Trump avait téléphoné au président libanais Joseph Aoun. Ce dernier aurait insisté pour que les États-Unis fassent pression sur Israël afin qu’il cesse ses attaques contre le Liban. Ali Rizk, analyste en politique et sécurité à Beyrouth, a déclaré sur la chaîne d’information qatarie Al Jazeera qu’il devenait évident que l’administration Trump avait peu d’expérience de la région.

Peu après, on apprend que Donald Trump a imposé un cessez-le-feu de dix jours dans le cadre d’une sorte de « diplomatie de la navette » téléphonique avec Joseph Aoun à Beyrouth et Benjamin Netanyahou à Tel-Aviv. « Le cessez-le-feu au Liban doit commencer jeudi à 21 h 00 CET », titre la chaîne d’information qatarie Al Jazeera. Les frappes aériennes israéliennes sur des cibles dans le sud du Liban se seraient entre-temps intensifiées de manière massive, rapporte un reporter depuis Tyr. En l’espace d’une heure, au moins 60 impacts de bombes auraient été recensés le long de la côte entre Tyr et Naqoura. La population espère un cessez-le-feu, mais d’ici là, d’autres attaques israéliennes pourraient encore ravager le pays. Et qu’en sera-t-il après 10 jours ?

La méfiance persiste

D'après les sondages, plus de la moitié de la population libanaise – quelle que soit sa position vis-à-vis du Hezbollah – ne fait pas confiance à Israël et rejette donc les discussions à Washington et les négociations avec Israël. En début de semaine, des manifestations bruyantes contre les pourparlers avec Israël ont eu lieu devant le Parlement à Beyrouth. Des Libanais qui ont trouvé refuge dans des centres d’accueil pour échapper aux attaques israéliennes ont déclaré aux journalistes que s’il devait y avoir des négociations, ils voulaient être représentés par le Hezbollah.

Le Hezbollah n’était pas présent aux discussions de Washington. La veille de la rencontre à Washington, le secrétaire général Naim Kassem a qualifié une telle réunion de « inutile », d’autant plus qu’Israël intensifie ses attaques contre le Liban. La résistance militaire du Hezbollah contre l’avancée israélienne dans le sud du pays se poursuit.

Selon des médias libanais – qui s’appuient sur des diplomates occidentaux –, le ministre israélien des Affaires stratégiques, Ron Dermer, aurait déjà élaboré un plan pour l’occupation prévue du sud du Liban. La région serait ainsi divisée en trois zones. Une bande de huit kilomètres de large le long de la « Ligne bleue » deviendrait une « zone tampon ». Au sud du fleuve Litani, l’armée israélienne veut avoir les mains libres sur le plan militaire pour détruire les structures du Hezbollah. Un retrait de l’armée israélienne n’interviendra qu’une fois que les « opérations » seront déclarées terminées. La zone au nord du Litani – en quelque sorte le « reste » du Liban – devrait être contrôlée par l’armée libanaise avec pour mission de désarmer complètement le Hezbollah. C’est la condition préalable au retrait d’Israël du Liban, dit-on. Par ailleurs, l’armée israélienne aurait « le feu vert » pour mener des attaques dans tout le pays dès qu’elle détecterait une menace « pour la sécurité d’Israël ». Comme depuis le « cessez-le-feu » de 2024, il ne serait pas nécessaire de présenter de preuves à cet effet.

Le Liban et Israël sont en état de guerre

C'est ce que dit la Constitution libanaise. Ça s'explique par les nombreuses attaques militaires d'Israël contre son voisin du nord. En ce moment, l'armée israélienne a de nouveau franchi certaines parties de la « ligne bleue », la ligne de cessez-le-feu entre les deux pays contrôlée par la force de maintien de la paix de l'ONU, la FINUL, et des unités israéliennes ont pénétré de plusieurs kilomètres sur le territoire libanais. Tout comme les attaques incessantes contre les infrastructures civiles, c'est une violation du droit international. Mais le Liban est impuissant face à la puissance militaire israélienne.

L'armée libanaise a reçu l'ordre du gouvernement de Beyrouth de se retirer. De toute façon, l'armée ne dispose pas des armes nécessaires pour dissuader, arrêter ou repousser l'ennemi. La seule force qui défend, y compris militairement, la souveraineté et l’intégrité territoriale du Liban, c’est le Hezbollah. Il est soutenu par l’Iran, qui, lors des négociations avec les États-Unis pour mettre fin à la guerre américano-israélienne contre l’Iran, réclame un « cessez-le-feu pour le Liban, le Yémen et Gaza ». Mais Israël a d’autres plans.

On ressort les vieux plans

Dès 1919, lors de la Conférence de paix de Paris, le Mouvement national sioniste a présenté des cartes sur lesquelles était esquissé l'État qu'il comptait fonder en Palestine. À l'époque déjà, il voulait s'approprier tout le sud du Liban, entre la ville portuaire de Sidon et le mont Hermon, appelé « Jbeil Sheikh » en arabe.

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Puis vinrent les invasions militaires des milices sionistes au Liban en 1947, et celles des forces armées israéliennes en 1948, 1967, 1978, 1982, 2006 et 2024. En avril 2026, les troupes israéliennes franchissent la « Ligne bleue » pour envahir le sud du Liban, ravageant villages, villes, champs et plantations, chassant et tuant les habitants originels du pays.

Certaines parties du Liban, y compris la banlieue sud de Beyrouth, ressembleraient alors à Rafah et Beit Hanoun dans la bande de Gaza, ont menacé les ministres israéliens Smotrich et Katz.

La carte des sionistes présentée à Paris en 1919 a récemment été diffusée par l’armée israélienne. C’était un avertissement au Liban, annonçant l’occupation de tout le sud du pays.

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