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Un grand merci à Gabriela Neuhaus pour nous avoir autorisés à reprendre son texte

Le rapport de l'ONU sur la torture en Israël, passé sous silence

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Depuis octobre 2023, Israël a fait de la torture un élément à part entière de sa politique à l'égard des Palestiniens. Un rapport récent de l'ONU met en évidence le caractère systématique de ces méthodes de torture, proscrites par le droit international. On n'en a rien vu ni rien entendu dans les médias suisses alémaniques.

En début de semaine, la rapporteuse spéciale de l'ONU, Francesca Albanese, a présenté à Genève son dernier rapport sur la situation des populations dans les territoires occupés par Israël. Intitulé « Torture et génocide », ce rapport montre comment Israël utilise systématiquement des méthodes interdites par le droit international pour briser, humilier et, à terme, anéantir les Palestiniens.

Un document bouleversant qui a pourtant été pratiquement passé sous silence par les médias alémaniques : ni la « NZZ », ni le « Tages-Anzeiger », ni l’« Echo der Zeit » n’en ont parlé. Ceci – une fois de plus – contrairement à la couverture médiatique en Suisse romande, où notamment la «RTS», l’édition francophone du «BLICK» et le «Courrier» ont abordé le sujet.

Ce rapport bien documenté s'appuie sur plus de 300 témoignages recueillis sur place par de nombreuses organisations et transmis au bureau de la rapporteuse spéciale des Nations unies. Comme tu le sais, Israël lui interdit l'accès à Gaza, à la Cisjordanie et à Israël.

Ce qui ne change rien aux conclusions et à la qualité du rapport : tous les faits et toutes les recherches cités dans l'étude sont accompagnés de références et de liens complémentaires. Ce rapport scientifiquement fondé montre comment les méthodes de torture, pratiquées sans interruption depuis la création d'Israël, ont été perfectionnées et normalisées, en particulier depuis octobre 2023, et sont utilisées de manière ciblée comme un instrument d'humiliation et d'extermination de la population palestinienne.

Le rapport cite par exemple la « révolution carcérale » du ministre israélien de la Sécurité, Itamar Ben-Gvir, qui avait décrété le 24 novembre 2023 que tous les prisonniers palestiniens classés comme « terroristes » soient détenus menottés, dans des cellules surpeuplées sans lumière, équipées de lits en fer et de latrines, et exposés en continu à l’hymne national israélien.

La vaste gamme de méthodes de torture déshumanisantes pratiquées dans les prisons israéliennes n’est plus un secret depuis longtemps. Au contraire : le ministre d’extrême droite Ben-Gvir, en particulier, se vante volontiers de vidéos le montrant en train de maltraiter et de railler des prisonniers. Son programme comprend également des réductions drastiques des rations alimentaires, ce qui a déjà entraîné à plusieurs reprises la mort de prisonniers.

En février 2026, selon le rapport de l'ONU, 9 245 Palestiniens étaient incarcérés dans les prisons israéliennes. Parmi eux, 1 330 condamnés, 3 308 prévenus, 3 358 « détenus administratifs » – dont de nombreux enfants – détenus sans procès, ainsi que 1 249 prisonniers classés dans la catégorie des « combattants illégaux ».

Ofer Gefängnis

Ils sont tous victimes de tortures. D'après les témoignages recueillis par l'équipe d'Albanese, ça va des « ligotages jusqu'à ce qu'ils saignent » en passant par « les coups, les traînées, la privation de nourriture, l'exposition au froid, le refus de soins médicaux, les attaques de chiens, l'isolement cellulaire, les abus sexuels, le déshabillage forcé » jusqu'aux « menaces de violer et de tuer des membres de leur famille » .

Violations du droit international par Israël
La Convention des Nations unies contre la torture de 1984 interdit, de manière contraignante en droit international, « tout acte par lequel une grande souffrance physique ou mentale est infligée intentionnellement à une personne ». Bien qu’Israël ait également signé la convention, celle-ci n’a jamais été appliquée dans ses prisons. Dès 1987, une commission a justifié qu’on puisse exercer, dans une mesure limitée, une pression physique en plus de la pression psychologique sur les personnes soupçonnées de terrorisme par Israël. En 1999, la Cour suprême d’Israël a entériné cette doctrine de la « nécessité » en autorisant des « méthodes de pression spéciales lors des interrogatoires », qui ont été encore élargies en 2018.

Ça revient à donner carte blanche à la torture dans les prisons israéliennes, comme le résume le rapport actuel de l’ONU : Sur les plus de 1 300 plaintes pour torture reçues entre 2001 et 2020, seules deux ont donné lieu à une enquête et aucune n’a abouti à une mise en accusation.

Et ce, alors que selon le droit international, l’interdiction de la torture et de tout autre traitement ou peine cruel, inhumain ou dégradant est absolue. En d’autres termes : il n’y a aucune justification à la torture, c’est un crime dans tous les cas. Le Comité des Nations unies contre la torture avait déjà constaté dans son rapport de 2025 qu’Israël menait une « politique d’État de torture de facto organisée et largement répandue ». Une accusation que le rapport Albanese confirme grâce à des recherches supplémentaires et qui met en outre en évidence le lien avec la politique de génocide d’Israël.

La torture systématique – pas seulement derrière les murs des prisons
Comme le souligne également le rapport de l'ONU, les actes de torture commis par l'État israélien ne se limitent pas aux prisons et aux salles d'interrogatoire. Depuis octobre 2023 en particulier, l'ensemble de la population palestinienne de Gaza, mais aussi de Cisjordanie et de Jérusalem-Est, est soumise à une pression qui ne cesse de s'intensifier. « Israël a transformé Gaza en un immense camp de torture où les gens ne sont en sécurité nulle part – ni dans les hôpitaux, ni chez eux, ni à l’école, ni dans les camps de réfugiés, ni même dans des tentes inondées. Israël peut frapper n’importe où et n’importe quand », résume le rapport. Pour la Cisjordanie et Jérusalem-Est, il cite comme outil central les systèmes de surveillance high-tech omniprésents, qui présenteraient eux aussi des caractéristiques de torture, « en semant un climat de peur au sein des communautés, en sapant les liens sociaux et en réprimant les libertés individuelles ».

La conclusion est la suivante : la politique de torture d’Israël contre la population palestinienne, qui touche tous les aspects de la vie, s’inscrit dans une politique plus large d’expulsion et de génocide. Ou, comme le raille le ministre des Finances israélien d’extrême droite Bezalel Smotrich, cité dans le rapport : « Ils seront complètement désespérés, car ils se rendront compte qu’il n’y a aucun espoir à Gaza et rien sur quoi ils pourraient espérer, et ils chercheront à se réinstaller pour commencer une nouvelle vie ailleurs. »

Comme les rapports précédents du bureau de la rapporteuse spéciale, le rapport actuel « Torture et génocide » se distingue par des sources bien étayées et une objectivité sans concession. La question se pose d’autant plus : pourquoi ça ne fait pas de bruit dans l’« Echo der Zeit » ? Pourquoi seule l’édition francophone du « BLICK » en parle ? Pourquoi pas un mot là-dessus dans le «Tages-Anzeiger» ?

Extrait de la conférence de presse de la rapporteuse spéciale de l’ONU Francesca Albanese du 24 mars 2026 à Genève :

Wer in der Deutsschweiz 

Lectures complémentaires :

L'organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem a publié dès août 2024 un rapport détaillé intitulé « Welcome to Hell » sur les pratiques de torture cruelles dans les prisons israéliennes. En janvier 2026, elle a publié une mise à jour intitulée « Living Hell ».

Ces deux rapports, qui contiennent de nombreux témoignages et exemples, donnent la parole aux personnes concernées et offrent un aperçu complet des abîmes du système de torture israélien :

welcome to hell