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Accueil >> Ce qui nous a frappé >> Ce qui nous a frappé le 28. Juillet 2025: La honte de l'affamement intentionnel
La honte de la famine intentionnelle :
la guerre de la faim menée par Israël dans la bande de Gaza
Gideon Levy Haaretz 24. Juillet, 2025

Naeema, une mère palestinienne de 30 ans, est assise cette semaine avec son fils Yazan, âgé de deux ans et souffrant de malnutrition, dans leur maison détruite du camp de réfugiés d'Al-Shati, à l'ouest de la ville de Gaza.
Credit: Omar El-Qatta/AFP
Le plan israélien de nettoyage ethnique de la bande de Gaza avance rapidement, peut-être même mieux que prévu. Outre les succès importants déjà obtenus en matière d'assassinats et de destructions systématiques, un autre succès décisif a été remporté ces derniers jours : la famine intentionnelle commence à porter ses fruits.
Les effets de cette politique se propagent rapidement et font un nombre de victimes qui n'est pas inférieur à celui des morts causés par les bombardements. Les personnes qui ne meurent pas en attendant de la nourriture ont de fortes chances de succomber à la faim.
L'arme de l'affamement ciblé fonctionne. La Fondation « humanitaire » pour Gaza est quant à elle devenue un tragique succès. Non seulement des centaines de personnes ont été abattues à Gaza alors qu'elles faisaient la queue pour recevoir des colis distribués par le GHF, mais d'autres n'ont même pas pu se rendre jusqu'aux points de distribution et sont morts de faim en chemin. La plupart d'entre eux sont des enfants et des bébés.
Rien que mercredi, 15 personnes sont mortes de faim, dont trois enfants et un bébé de six semaines. Depuis le début de la guerre, 102 personnes sont mortes, dont 80 enfants, et ce chiffre a encore augmenté ces derniers jours.
Les images que les médias locaux criminels d'Israël cachent au public et leur manque de couverture de Gaza ne peuvent être ni oubliés ni pardonnés. Elles sont visibles pour le reste du monde. Ce sont des images qui rappellent les survivants des camps de concentration, des images de l'Holocauste. Les cacher revient à nier le phénomène.
Les squelettes de bébés et de jeunes enfants, vivants ou morts, dont les os ressortent à travers la peau émaciée ou les muscles atrophiés, les yeux et la bouche grands ouverts, le visage inexpressif.

Des Palestiniens à Gaza en juillet lors de la distribution de nourriture dans une soupe populaire :
Mahmoud Issa/Reuters
Ils gisent sur le sol des hôpitaux, sur des lits nus ou sont transportés sur des charrettes tirées par des ânes. Ce sont des images d'enfer. En Israël, beaucoup de gens rejettent ces photos et doutent de leur authenticité. D'autres expriment leur joie et leur fierté lorsqu'ils voient des bébés affamés. Oui, nous sommes aussi devenus cela.
Faire de l'affamement délibéré de la population une arme légitime et acceptée des Israéliens, que ce soit par un soutien ouvert ou par une indifférence effrayante, est la phase la plus cruelle à ce jour de la guerre que mène Israël contre la bande de Gaza.
C'est aussi la seule pour laquelle on ne trouve aucune justification, aucune excuse et aucune explication. Même l'appareil de propagande sans limites d'Israël n'y parvient pas. La faim est devenue une arme légitime, car elle est un moyen supplémentaire d'atteindre l'objectif : le nettoyage ethnique.
Il faut intérioriser ce fait et considérer la poursuite de la guerre sous cet angle. Tout comme Israël profite des morts causés par les tirs, il profite également de la famine qui tue des centaines de personnes. C'est la seule façon de rendre Gaza inhabitable et de faire partir « volontairement » ses habitants, d'abord vers la ville « humanitaire », puis vers la Libye ou Dieu sait où.

Des Palestiniens fuient leurs maisons avec leurs biens après que l'armée israélienne a donné l'ordre d'évacuer l'est de Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, en mai.
Credit: Hatem Khaled/Reuters
La famine est désormais visible chez tous les habitants. Les journalistes palestiniens à Gaza qui n'ont pas encore été abattus par l'armée israélienne rapportent qu'ils n'ont rien mangé depuis deux ou trois jours.
Même les médecins étrangers ont parlé mercredi de ce qu'ils avaient mangé, mais surtout de ce qu'ils n'avaient pas mangé. Une médecin canadienne de l'hôpital Nasser a déclaré qu'elle n'avait mangé qu'un petit bol de lentilles au cours des deux derniers jours. Elle ne peut donc plus s'occuper des malades et des blessés. C'est aussi une bonne chose pour Israël.
Une équipe d'Al-Jazeera a accompagné un jeune homme qui cherchait de la nourriture pour ses enfants. Il a cherché et cherché jusqu'à ce qu'il trouve deux sacs de farine israélienne et une bouteille d'huile sur un étal de marché. Le prix était de plusieurs centaines de shekels par sac, et il est retourné les mains vides vers ses enfants affamés. Le studio de télévision a ensuite donné des détails sur les trois stades menant à la mort par famine. Les enfants de cet homme se trouvaient au deuxième stade.
La famine est désormais visible chez tous les habitants. Les journalistes palestiniens à Gaza qui n'ont pas encore été abattus par l'armée israélienne rapportent qu'ils n'ont rien mangé depuis deux ou trois jours.

Un garçon palestinien porte un sac de vivres provenant d'un convoi du Programme alimentaire mondial qui a été déchargé en juin à Gaza.
Credit: Jehad Alshrafi/AP Aron Ehrlich/Photo illustration
Cette famine intentionnelle a fait de cette guerre la plus terrible qu'Israël ait jamais connue, et certainement la plus criminelle. Nous n'avons jamais tué deux millions de personnes de cette manière, par la faim.
Il n'y a qu'une seule chose pire que la famine intentionnelle :
l'indifférence avec laquelle elle est accueillie en Israël. À une heure et demie de route de l'endroit où un autre bébé, Yussef al-Safadi, est mort mercredi. Sa famille n'a pas pu trouver de substitut au lait.
Pendant qu'il mourait, Channel 12 diffusait une émission de cuisine et les audiences étaient excellentes.
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