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Di 06.03.12
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Bern, Le Cap (Französische Kirche), Nicolas Manuel-Saal, Predigergasse 3
Marlène Schnieper Nakba – die offene Wunde
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Irak: contre la guerre qui vient
Le Monde, Mardi 10 septembre 2002 |
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par Michel del Castillo |
Aucun empire, depuis que le monde existe, n'a jamais obéi à la morale ordinaire. L'Amérique ne fait pas exception. Son droit s'appelle la puissance.
Ceux qui voulaient garder une illusion, ils doivent se rendre à l'évidence : la guerre contre l'Irak aura bien lieu, et il ne reste qu'une inconnue, la date de l'offensive.
Parmi les provinces de l'empire, les plus serviles lèvent un index menaçant ; les plus récalcitrantes tentent de se cacher derrière l'ONU. En Europe, Gerhard Schröder et Jacques Chirac expriment leurs réticences. Ni leur honnêteté ni leur sincérité ne sont en cause, il leur manque seulement le sens tragique de l'Histoire. Ils pensent que les circonstances commandent aux volontés, oubliant que la faiblesse possède une arme redoutable qui est la morale. De ce verbe de justice, de Gaulle jouait en orfèvre ; longtemps, la parole fut son arme unique.
Aussi honnêtes soient-ils, nos politiciens ont tété le lait des sondages : pour éviter de parler, ils ont appris à communiquer. Devant le danger, ils tentent de désamorcer la crise, tout en sachant que nulle concession de l'Irak n'infléchira la décision de George W. Bush.
Dans la tragédie qui s'annonce, c'est à peine si le régime de Saddam Hussein est en cause. Je n'éprouve pas la moindre sympathie pour sa dictature, tout en mesurant la gravité des conséquences, non seulement pour la région, mais pour l'ensemble du monde. D'autant que l'attaque contre Bagdad s'accompagnera de l'expulsion définitive des Palestiniens, exode qui parachèvera celui de 1948. Dans le fracas de la bataille, dans le déchaînement de la propagande, l'opération passera inaperçue. Aujourd'hui assoupies, les consciences seront alors anesthésiées.
Il faut d'ailleurs saluer le timing : l'annonce de l'offensive contre Bagdad se fait au moment où toutes les télévisions, toutes les radios, tous les journaux occidentaux commémorent l'attentat du 11 septembre 2001. Dans la liturgie des larmes, les clairons sonneront la juste vengeance. Ceux de mon espèce qui osent élever une objection seront, dans ce deuil universel, accusés de sacrilège.
Assurément révoltant, ignoble et, plus grave, stupide, l'attentat contre les Tours jumelles a entraîné des conséquences tragiques. Mais si l'on regarde le monde arabe, il y a belle lurette que ses sociétés, de colonialismes en exploitations, subissent les attentats d'un Occident qui les méprise après les avoir dominées et pillées. Quant à l'intégrisme musulman, devenu l'essence du Mal, il est vain de rappeler que les Etats-Unis n'ont cessé d'en jouer et de l'attiser, depuis des décennies.
Le régime de Bagdad bafoue les libertés, méprise la personne humaine, foule aux pieds les droits élémentaires, on en convient volontiers. Il fabriquerait dans le secret des armes terribles ? La Chine ou la Russie de Poutine ne montrent pas non plus un respect scrupuleux des droits de la personne humaine, elles possèdent un armement de destruction massive. Qui songe à les attaquer ?
Est-ce bien à l'Amérique de George W. Bush de venger la morale outragée ? Depuis près d'un an, des centaines d'hommes croupissent, encagés, sur la base de Guantanamo, sans qu'on entende les protestations des consciences humanitaires. Ces fauves ne méritent peut-être aucune pitié : c'est à la justice de les déclarer coupables et de les condamner. Il est indigne d'une démocratie de les priver de leur dignité humaine, indigne d'un pays comme la France de supporter sans réagir pareille barbarie.
En Afghanistan, des détenus par centaines sont morts asphyxiés dans des conditions atroces, entassés dans des conteneurs exposés au soleil, en plein désert. Qui lève la voix pour défendre la mémoire de ces misérables qui ont agonisé durant des jours, frappant de leurs poings contre la tôle chauffée à blanc ? Qui réclame une enquête impartiale ?
Pas un de nos petits-maîtres n'a non plus crié son indignation devant les enfants irakiens, morts dans les hôpitaux, faute de médicaments, d'épuisement et d'inanition, victimes du blocus imposé par l'Amérique.
Saccagée, éventrée, mise à sac par la finance internationale, la planète se trouve en danger de mort, et le futur de l'humanité hypothéqué. L'Amérique s'en lave les mains, continuant de polluer et de piller.
On rêve d'une justice internationale ? Les Etats-Unis préviennent que jamais un citoyen américain ne comparaîtra devant un tel tribunal.
On pourrait poursuivre longtemps. Aucun empire, depuis que le monde existe, n'a jamais obéi à la morale ordinaire. L'Amérique ne fait pas exception. Son droit s'appelle la puissance. Elle envahira l'Irak, remplacera Sadam Hussein par une poignée de fantoches, ruinera tous les équilibres régionaux, sèmera dans tout le monde arabe la colère et l'humiliation. Elle le fera parce que telle est sa volonté.
Les provinces des grands empires n'ont jamais eu, dans l'Histoire, d'autre choix que de courber la nuque. Certaines ont cependant réussi à sauvegarder un semblant de dignité. On pouvait espérer que la France comptât parmi les exceptions. On la voit renier tout son passé, toute sa jeunesse, tout son enthousiasme pour s'enliser dans un moralisme pleurnichard. "Antiaméricanisme primaire" : avec ce mot d'ordre simpliste, de nombreux journalistes abdiquent leur indépendance, saluent, les doigts sur la couture du pantalon, la bannière étoilée. Ils s'étonnent ensuite de récolter, surgi des profondeurs de la Nation, le mépris de leur peuple qu'ils ignorent avec superbe.
Critiquer et condamner la politique d'un pays, fût-il le plus puissant de la planète, n'est pourtant pas rejeter les Américains, c'est, au contraire, aimer et respecter ce qu'il y a de meilleur en eux.
On veut espérer qu'un sursaut des consciences se produira. A tout le moins, on appelle de ses vux une réaction de colère et d'indignation.
Nous ne pouvons pas empêcher : sommes-nous obligés d'applaudir ou, pis encore, de participer ?
Michel del Castillo est écrivain.
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