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Di 06.03.12
20 h
Bern, Le Cap (Französische Kirche), Nicolas Manuel-Saal, Predigergasse 3
Marlène Schnieper Nakba – die offene Wunde
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| Bush, Olmert & co: incorrigibles Pyromanes |
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- mais les allumettes ne sont plus tout-à-fait sèches |
L'année 2006 pour les USA et Israël : Du désastre en Irak à la baffe au Liban en passant pas les soucis électoraux
En octobre 2006, j'ai publié (en allemand) dans la revue "Argumente" (Bâle) un article "Israël n'est plus invincible!". Dans cet article, écrit à la fin août après l'invasion du Liban (13.7. - 14.8.), je disais trois choses qui se sont confirmées depuis :
1. Il y a eu pour Israël un échec militaire indubitable combiné avec une victoire politique indéniable pour Hizbollah,
2. L'origine de la guerre est le contexte impérialiste, fondé sur le désir des Etats-Unis de dominer la région et ses ressources pétrolières)
3. Le revanchisme des USA et d'Israël pourrait générer de nouveaux conflits du même type en 2007
Afin de mieux comprendre les changements induits par ce conflit dans les rapports de forces, j'ai continué mon analyse, ce qui m'a conduit aux conclusions suivantes :
1. La guerre du Liban de 2006 n'a pas été le produit du hasard, mais elle a été sciemment planifiée par les USA et Israël!
2. Vu que Israël et les USA sont partis d' analyses erronées de la situation, la guerre s'est déroulée de manière inattendue par les deux fauteurs !
3. La résolution 1701 est un produit des USA - avec la complicité de l'EU. Mais il est douteux qu'elle atteigne pleinement ses buts!
4. L'EU s'est montrée une fois de plus faible et dépourvue d'une politique propre. Elle oscille entre l'alliance avec les USA et la défense du droit international.
5. Développements ultérieurs: Les Pyromanes (Bush et les Neocons, Olmert et le gouvernement d'Israël) veulent recommencer à jouer avec le feu aussi vite que possible. Cependant, la conjoncture n'est plus aussi favorable qu'auaravant et leurs allumettes semblent, pour l'instant, un brin mouillées.
1. La guerre du Liban a été planifiée par les USA et Israël !
Le 21.8.2006, le New York Times a publié un article du fameux journaliste Seymour Hersch: "Washington's Interests in Israel's war" 1). Hersch est parvenu aux conclusions suivantes : La guerre contre Hizbollah avait été préparée de longue date par les USA et Israël. Le prétexte en devait être une des nombreuses escarmouches qui se répétaient à la frontières depuis des ans : Ce qui s'est effectivement produit le 12 juillet 2006. Cette guerre devait être une répétition générale pour une attaque ultérieure contre l'Iran. Dans ce sens, il fut décidé de mener une guerre purement aérienne qui mette le Liban à genoux rapidement et permette d'éliminer les " forces terroristes " à peu de frais, sans qu'il y ait besoin de faire intervenir des troupes terrestres. De la sorte, on aurait réduit les risques ainsi que les frais et accumulé de l'expérience pour une intervention ultérieure du même type en Iran.
La décision de détruire systématiquement l'infrastructure civile du Liban à partir du 13 juillet a été prise à Tel-Aviv. Cependant, sur la base de la stratégie élaborée en commun, les USA ont soutenu pleinement ce choix d'Israël. L'administration Bush espérait même, selon certaines sources, qu'Israël élargirait la guerre en la portant en Syrie2). Pourtant, fin juillet, il leur fallut bien se rendre compte que les choses se déroulaient mal et soutenir une demande de cessez-le-feu qui conduisit à la Résolution 1701/06.
Si nous examinons la politique US au moyen orient depuis l'élection de Bush (novembre 2000), nous n'avons aucune raison de douter de la justesse de l'analyse de Seymour Hersch : La guerre en Irak (initiée en mars 2003 et qui dure depuis maintenant bientôt quatre ans) avait elle aussi été préparée de longue date, suivant la stratégie des néocons de domination du Moyen-Orient. Pour ce faire, les USA avaient manipulé l'opinion publique internationale à grand renforts de mensonges sur les prétendues " armes de destruction massives " en Irak. Mais d'autres facteurs aussi, tels que la politique palestinienne de Bush, l'occupation de l'Afghanistan pour une durée indéterminée, les pressions croissantes sur l'Iran et la Syrie, etc. ont confirmé ce qui suit :
Les Neocons groupés derrière Bush et Cheney ont développé il y a plusieurs années une stratégie de domination des ressources de pétrole. Cette stratégie se base sur la supériorité militaire des USA et l'utilisation sans scrupule et sans retenue de la force au dépends de la diplomatie. Elle s'étend à tout le moyen Orient et l'Asie centrale. Une des composantes principales de cette stratégie est l élimination systématique de tout " obstacle " :
Un des résultats de cette politique, après l'occupation de l'Irak, a été la formation de facto d'un axe de résistance contre les USA ( "le croissant radical "), qui comprend L'Iran, des shiites irakiens, la Syrie, le Hizbollah libanais, le Hamas en Palestine et d'autres forces - un obstacle de taille pour les Neocons !
La stratégie des Néocons américains est en échec! La guerre en Irak,, ainsi que Blair a du l'avouer lui-même le 16.11.2006, est un "désastre", L'OTAN n'arrive pas à contrôler l'Afghanistan, l'occupation et la guerre ont provoqué la renaissance des Talibans. L'accroissement sans bornes de la terreur d'Israël dans les territoires occupés ne mène à aucune solution, à aucune stabilité. Et ce n'est plus qu'une question de temps jusqu'à ce que les Néocons ne perdent le pouvoir à Washington (Rumsfeld et Bolton ont déjà du mettre les voiles…). Les USA sont en train de constater qu'ils n'ont pas les ressources suffisantes pour dominer le monde à eux seuls. Une partie de l'Establishment US est déjà convaincue que ce fut une immense erreur que de croire à un tel mythe (ce qui a été à l'origine du rapport Baker). Mais, parallèlement, les Néocons tentent par tous les moyens de se cramponner au pouvoir. Bush, après avoir tout d'abord donné une réponse polie à James Baker, a suivi les conseils de l'American Entreprise Institute (le principal " think tank " Néocons) em décidant d'envoyer 21'500 soldats supplémentaires en Irak et de ne pas ouvrir de dialogue avec l'Iran ou a Syrie. En tous les cas : Les contradictions au sein des classes dirigeantes des Usa vont se manifester de manière violente au cours de ces prochains mois. Je me permets même de prognostiquer ici que le deuxième mandat de Bush se terminera en vrai désastre et rentrera en tant que tel dans l'histoire. Les USA ressortiront de la période Bush affaiblis ! 3)
Et pourtant : Aucune catastrophe, aucun revers, n'empêcheront les Néocons qui agissent derrière Bush de continuer à poursuivre leurs buts, en tout cas jusqu'aux élections de 2008. Le monde doit donc s'attendre à être confronté avec la stratégie de violence et de guerre des américains tout au long de l'année 2007!
2. Comme les Usa et Israël sont partis de fausses hypothèses, la guerre ne s'est pas déroulée comme ils le prévoyaient !
On lit toujours dans nos médias des articles qui expliquent l'échec d'Israël au cours de la guerre de 2006 par le fait qu'Israël aurait été pris par surprise et se serait lancé mal préparé dans la guerre. Derrière ces informations, on décèle une certaine naïveté et pas mal d'ignorance, mais aussi le fruit d'une habile désinformation israélienne. 4). Car l'analyse des faits montre une toute autre situation : Israël a réagi immédiatement après les escarmouches du douze juillet avec Hizbollah à la frontière et envoyé son aviation bombarder l'aéroport de Beyrouth à l'aube du 13 juillet, tuant 44 civils. A partir du 14 juillet, toute l'infrastructure civile du Liban, routes, ponts, hôpitaux, centrales thermiques, etc. ont été bombardés sans relâche. Ceci ne peut s'expliquer que par l'existence d'un plan préétabli (et coordonné avec les américains) pour mettre à genoux le Liban par une guerre aérienne sans merci. Par ailleurs : Est-ce un hasard si un an auparavant, en juin 2005, le Général d'aviation Dan Halutz a été promu chef de l'armée israélienne ? Mais voilà : les Néocons prennent leurs désirs pour des réalités, ils n'analysent pas la situation et ne voient donc pas les choses telles qu'elles sont. Ils ne connaissaient pas le Liban de 2006 ! C'est pourquoi leur concept de guerre aérienne s'est révélé meurtrier mais absolument inefficace : Le Liban n'a pas été mis à genoux, les coups portés n'ont militairement pas affaibli Hizbollah, au contraire ils ont renforcé le prestige politique de cette organisation et son poids dans la société libanaise !
L'aviation israélienne n'est pas parvenue à infliger des pertes significatives aux guérilleros opérants en petites unités mobiles, elle n'a pas pu désorganiser leur logistique ainsi que leurs structures de commandement. Les missiles qui ont atteint Israël du second au dernier jour de la guerre ont démontré l'inefficacité de l'aviation israélienne sur le plan militaire et démenti au quotidien les cris de victoire ridicules d' Olmert et de Halutz.
Un facteur important - non prévu par les fauteurs de guerre - a été ici la cohésion de la société libanaise, qui n'a pas permis à Israël de développer un réseau fiable de collaborateurs et d'informateurs. C'est en partie pour cela que les coups n'ont pas porté ! L'armée israélienne s'est même permis un certain nombre de flops ridicules, comme lorsqu'ils ont attaqué un hôpital vide à Baalbeck et triomphalement rapporté… un épicier local qui portait le même nom que Nasrallah, le chef du Hizbollah !
La cohésion de la société libanaise a aussi été la cause du fait qu'elle ne s'est pas désolidarisée du Hizbollah, bien au contraire: Le rôle de Hizbollah en tant que troupe de protection du Liban contre les attaques israéliennes a été largement reconnu! De facto (et, plus tard, formellement) il s'est formé une large alliance politique, en partie formelle en partie de facto, entre Hizbollah, l'autre parti shiite Amal, des groupes sunnites, le parti du général Aoun (chrétien maronite), des groupes de gauches, le PC… Quant aux forces pro occidentales groupées autour de Siniora, elles n'ont pas osé, lors de la guerre, prendre ouvertement parti pour les USA et Israël. Au vu de la pression de la rue, elles ont du prendre leur distance et Siniora a même refusé de recevoir Rice lorsque celle-ci a voulu visiter Beyrouth en août…
Dans touts les pays arabes, une immense vague de colère contre les USA et Israël a déferlé, puis une intense jubilation après qu'il soit devenu évident qu'Hizbollah avait remporté le round. Cela rend plus difficile la position des gouvernements corrompus et pro américains de la Jordanie, de l'Arabie Saoudite, de l'Égypte, etc.
Fin juillet, l'échec de la stratégie de guerre aérienne était tellement évident qu'Israël a dû se résoudre à envoyer trente mille réservistes de l'armée de terre au Sud-Liban, avec la mission, officiellement, d'occuper le Sud Liban jusqu'au fleuve Litani. Mais c'est alors qu'ont commencé les vrais ennuis avec les difficultés rencontrées par les tanks Merkava, trop lourds et difficiles à manœuvrer, dans le terrain montagneux des collines du Sud-Liban. Et voilà que l' "invincible " armée israélienne n'a pas fait le poids face aux guérilleros du Hizbollah, motivés et armées d'armes antichars les plus modernes. Le bilan de 120 soldats israéliens morts contre 60 à 80 combattants du Hizbollah en dit long (voir " Daily Star of Lebanon: "timeline of the July war", www.dailystar.com.lb)5)
Les revers au sol accumulés à l'échec de la guerre aérienne ont alors incité le gouvernement et les généraux israéliens à une immense valse hésitation qui n'a rien apporté, si ce n'est d'autres morts et des pertes sensibles en matériel. Personne ne savait que faire dans une situation ou les Merkavas tombaient comme des mouches et les missiles d'Hizbollah continuaient de pleuvoir au quotidien. On essaya alors de mener quelques offensives risquées en direction du fleuve Litani afin de donner l'impression au public israélien que Tsahal avançait vers la " victoire "… De ce fait, des douzaines d'Israélien ont perdu la vie lors des derniers jours des combats !
Ces difficultés israéliennes n'infirment aucunement la thèse selon laquelle la guerre contre Hizbollah avait été préparée de longue date - mais voilà : mal préparée ! Quoi qu'il en soit, le résultat est terriblement décevant pour Israël et pour les USA : On n'a pas pu préparer le terrain pour d'autres agressions et le " croissant de lune radical ", n'a pas été affaibli. Vu le potentiel militaire intact d'Hizbollah, en cas d'attaque contre l'Iran ou la Syrie, le danger de coups de rétorsion contre Israël n'est pas banni. Et les espoirs de victoire rapide obtenue par une guerre aérienne intensive, par exemple contre l'Iran, ne se sont pas vus confirmés. Israël et les USA doivent donc se pencher sur leurs ordinateurs faire leur comptes et réviser leurs plans avant de préparer de nouvelles attaques au Moyen-Orient!
3. La résolution 1701: Un instrument des USA
Rédigée par la France pour le compte des USA, cette résolution aurait du livrer la base pour le désarmement du Hizbollah. Ce désarmement n'est cependant pas formellement demandé par le texte, il n'est formulé qu'indirectement. Il s'agissait aussi d'interrompre les livraisons d'armes au Hizbollah par l'entremise de la Syrie, alors qu'Israël peut continuer à recevoir des armes américaines en quantités illimitées et maintenir ses troupes à la frontière du Liban, prête pour la prochaine agression. La résolution a été rendue possible par l'absence d'une politique cohérente de la part de l'EU et sa complicité avec les USA dans le non respect du droit international : Depuis des années, l'EU ne veut ou ne peut pas s'opposer à Israël et tolère donc le nettoyage ethnique pratiqué par Israël dans les territoires occupés. Sa politique au Liban est la continuation de sa politique en Palestine ! 6)
Pourtant, il apparaît que l'Europe n'attend pas de la résolution 1801 exactement la même chose que les USA:
Les USA et Israël en attendent qu'elle garantisse une pause provisoire en attendant d'être à nouveau en position de reprendre l'offensive au Liban. Dans l'entretemps, il s'agit d'affaiblir autant que possible le Hizbollah, voire même de le désarmer, si possible aussi de l'isoler politiquement, tandis qu'Israël forgera de nouveaux plans de guerre plus efficaces et améliorera la logistique (c'est pour cela par exemple que les chasseurs israéliens survolent de manière systématique le territoire libanais depuis la fin du conflit). La résolution doit aussi permettre à Israël de continuer en toute tranquillité, sans être dérangé, la terreur contre les Palestiniens: car, pour les USA et Israël, le Hamas n'est qu'un allié de l'Iran et de la Syrie qu'il s'agit d'anéantir. C'est là un des buts principaux du gouvernement Olmert.
L'Union Européenne, par contre, si elle caresse toujours la vague idée de désarmer le Hizbollah, a avant tout le but de maintenir le status quo au Liban sans se brûler les doigts. Elle ne poursuit pas la même politique de vengeance que les USA et d'Israël : Elle voudrait enfin réaliser un compromis afin d'assurer une situation stable au Moyen Orient. L'échec fondamental de la politique d'emploi de la seule force au Moyen Orient n'a pas échappé à l'attention de l'EU, qui commence à réaliser qu'affamer les Palestiniens, comme elle l'a fait après la victoire électorale du Hamas, ne mène pas loin. Contre la terreur israélienne, l'EU ne fait et ne fera jamais rien, mais l'érosion de l'influence d' Abbas et du Fatah lui cause souci. L'UE serait heureuse de voir enfin Palestiniens et israéliens négocier afin que la tranquillité revienne enfin dans la région. C'est ainsi que l'Espagne et la France ont lancé en automne une initiative de paix basée sur "Land for peace". Mais tout cela ne fonctionnera pas : Quelles que soient les concessions qu'Abbas soit disposé à faire, Israël ne sera jamais prêt à entamer de sérieuses négociations, sur la base de la résolution UNO 242 par exemple, qui permette d'envisager ne serait-ce que l'embryon d'une solution acceptable pour les palestiniens!
Je crois d'autre part que les Palestiniens ne capituleront pas, aussi horrible que soit leur situation sous l'occupation. C'est la leçon que l'on peut tirer de toutes les dernières années d'occupation et d'escalade. Tout cela risque plutôt d'entraîner une nouvelle radicalisation de la population des zones occupées.6 Cette radicalisation risque aussi d'élargir toujours plus le fossé entre les Palestiniens et l'Ouest complice d'Israël, dont on refusera de plus en plus en bloc les valeurs. L'UE le voit bien et voudrait éviter cette radicalisation, mais elle n'est pas prête à prendre des mesures aptes à empêcher une ultérieure détérioration des relations entre le monde arabe et islamique et l'Ouest.
4. L'Union Européenne sans perspectives
Si l'on observe l'attitude de l'UE, on découvre une valse hésitation sans fin entre la complicité pure et simple avec l'impérialisme américain et certains efforts pour trouver des solutions conformes au droit des peuples et en particuliers des peuples de la région du Moyen Orient.
Par exemple, la peur évidente de la France de se brûler les doigts en prenant le commandement de la FINUL, combinée avec des tendances coloniales évidentes qui mène la France à s'ingérer sans scrupule dans les affaires intérieures du Liban. Mais les hésitations de la France sont sans doute un facteur important dans le fait que les troupes de l'ONU envoyées au Liban, pour l'essentiel européennes, n'ont pas tenté vraiment de désarmer le Hizbollah ou de détruire ses infrastructures.
Par exemple les déclarations répétées de l'Italie en faveur d'un règlement du conflit en Palestine et l'appel à stationner des troupes à Gaza aussi - ce que les israéliens ne voient pas du tout d'un bon oeil.
Quant à l'Allemagne, elle ne ménage visiblement aucun effort pour renouer une entente sans faille avec les USA - même avec les USA de Bush. Mme Merkel a reçu le criminel de guerre Olmert à bras ouvert en décembre 2006. Ceci après qu'Israël ait attaqué un navire de guerre allemand au large des côtes du Liban (mais en eaux internationales) pour démontrer que, dans la région, c'est Israël qui fait la loi et que l'Europe n'a qu'à se tenir coite et à laisser faire Israël. Les extrémistes qui règnent à Tel Aviv n'hésitent pas à brusquer leurs alliés européens, et ils ont bien raison puisque qu'ils savent bien que les idiots qui gouvernent à Paris, Berlin ou Rome finiront toujours par avaler n'importe quelle couleuvre israélienne.
Ce qui est intéressant, c'est la retenue du Royaume Uni, bien que Blair soit très actif au Moyen Orient, il n'y a pas de contingent britannique de la FINUL. Pourquoi donc?
U/ne chose est sûre: L'Europe va continuer sa valse hésitation. Elle va soigneusement éviter de jeter de l'huile sur le feu, mais elle n'apportera aucune contribution à une vraie amélioration des relations avec le monde islamique et arabe. On peut garder l'espoir que l'EU continue à garder quelques distances avec les Etats-Unis et ne les suivent pas dans toutes leurs aventures. Ceci dit, plus que les sautillements tactiques de l'EU, je vois avant tout les facteurs suivants comme susceptibles de modifier la situation en 207 :
- La politique intérieure des USA dans la perspective des élections de 2008, l'attitude des partis démocrates et républicains, le développement de la situation en Irak, la fatigue du public devant les annonces quotidiennes de nouvelles dépenses militaires ou de nouveaux soldats américains tués
- La politique intérieure en Israël avec la perte irrémédiable de la confiance dans le gouvernement Olmert et dans le commandement de l'armée qui va provoquer des regroupements au cours de 2007
- La situation du monde islamique, la pression croissante de l'opinion publique, qui a conduit fin novembre après les entretiens de Saud d'Arabie avec Cheney et d'Abdallah de Jordanie avec Bush et Rice à une fragile trêve à Gaza. Dans ce contexte, la confrontation sans merci entre l'opposition et le gouvernement Siniora au Liban jouera un rôle de première importance, ainsi bien sûr que l'évolution en Irak.
5. Quels développements prévoir avec les pyromanes incorrigibles, aux les allumettes mouillées ?
Sur la base de ce j'ai écrit, il apparaît que le calme relatif actuel au Moyen orient est trompeur : Les pyromanes n'auront de cesse avant d'avoir pu faire enfin démarrer le prochain round. Dès qu'ils auront l'impression que les conditions seront réunies, ils passeront à l'action ! Mais pour l'instant, ils hésitent encore. Depuis des mois, moins de 40 % des électeurs dit être satisfaits de la politique de Bush et la guerre en Irak devient de plus en plus impopulaires. Et pourtant, en réponse au rapport Baker et conformément aux recommandations des " think tanks " néocons tel que l'AEI, Bush vient d'annoncer l'envoi de 21'500 soldats supplémentaires en Irak: Oubliée la défaite du 7 novembre qui a vu les Républicains perdre la majorité de la Chambre des congrès et du Sénat. Oubliés les soucis du parti Républicain quant à la possibilité de perdre les élections de 2008 ! Le vaillant Cheney l'avait bien dit dès le lendemain des élections : les USA continueront " full speed " en Irak, point final. La défaite républicaine ne signifie en rien que les Néocons soient prêts à passer l'éponge. Les premières déclarations de Bush après la baffe du 7 novembre avait d'ailleurs été pour proférer des menaces contre l'Iran et la Syrie, avec lesquelles il n'entamera aucun dialogue, a-t-il répété, anticipant et contredisant à l'avance les recommandations qu'il allait trouver un peu plus tard dans le rapport Baker. Mi-octobre, le provocateur Olmert est venu jeter de l'huile sur le feu lors de sa visite aux Etats-Unis en félicitant Bush pour sa guerre en Irak, recommandant de ne surtout pas mettre fin à tant de beaux et héroïques efforts et appelant ouvertement à frapper enfin militairement en Iran. Une fois de plus, on a vu que créer des tensions et des guerres au Moyen Orient est bien le noyau central de la politique israélienne.
Ainsi donc, ni les Néocons ni le gouvernement israélien ne veulent prendre acte de changements et tendances qui vont contre leurs intentions. Un de ces jours, cela va finir par leur coûter cher! En attendant, Bush a tapé sur l'épaule d'Olmert à la porte de son ranch en lui assurant qu'il ne manquerait pas de suivre les conseils israéliens. En même temps, il multipliait les paroles polies à l'égard de Baker, mais en fait, il avait signalisé bien à l'avance ce qu'il a fini par cracher officiellement le 10 janvier 2007 : Il restera axé sur la ligne dure des Néocons au Moyen orient, tant qu'il le pourra.
En ce qui concerne les élections du 7 novembre: Je me réjouis plus de la claque prise par les Républicains que de la victoire des Démocrates: Ceux-ci poursuivent ni plus ni moins que les mêmes buts que les Républicains: Maintenir la prédominance américaine au Moyen Orient et le contrôle des ressources pétrolières. Si j'étais un cynique, je dirais: " Dommage que les Démocrates l'aient emporté, car la politique grossière et sans nuance des Néocons, qui n'hésitent pas à brusquer leurs alliés et à mentir ouvertement à l'opinion publique internationale, ne peut qu'affaiblir et isoler l'impérialisme américain ! " Je dirais " il est clair qu'un jour, assez proche, les USA devront revenir à plus de diplomatie et plus de concessions, car ils ne pourront plus se baser sur la seule force militaire et économique. Ce jour là, ils redeviendront efficaces et donc plus dangereux qu'avec Bush, par exemple si un Démocrate gagne les élections en 2008 ". Ceci dit, je ne suis pas un cynique et je me réjouis ouvertement de voir Bush dans la mélasse: Le règne des Néocons à la Maison Blanche et au Pentagone a coûté aux peuples du Moyen orient, en particulier au peuple palestinien, un prix énorme. La fin politique des Bush, Cheney, Rumsfeld, Bolton et de leurs " think tanks " signifiera sans doute un allégement de leurs souffrances et quelques espoirs d'améliorations. De plus, la politique des Néocons met aussi le vent en poupe à toutes sortes de tendances fondamentalistes dans le monde islamique, de sorte que leur départ sera favorable à une reprise du dialogue en l'occident et les mondes arabes et islamique.
Dans la situation actuelle, quoi d'autre qu'une jolie guéguerre contre quelques " terroristes et ennemis de l'Amérique " pourrait-il aider à promouvoir la politique Néo conservatrice aux USA ? Et même à gagner éventuellement les élections de 2008 en dépit de l'évolution actuelle? Mais voilà: des opérations à grande échelles, qui coûtent cher en dollars et vie humaines ne trouveront pas de soutient aux USA. Probablement, le temps jusqu'aux élections est-il aussi trop court pour se lancer dans de telles opérations. Cela nous indique que les USA pourraient plutôt tenter des opérations limitées dans les moyens et dans le temps mais susceptibles d'avoir assez de retentissement pour redorer le blason terni de Monsieur Deubeliou. Je crois fermement qu'il faut compter avec la possibilité de telles opérations avant les élections. Un des scénarios possibles serait qu'Israël se charge de porter les coups et qu'ensuite une intervention des USA puisse se justifier par la protection d'Israël, un thème encore vivace aux USA ! Dans ce sens, le soi-disant " lapsus " d'Olmert incluant Israël dans la liste des puissances nucléaires, ainsi que l'article du Sunday Times sur la préparation de raids aux armes atomiques contre l'Iran sont inquiétants.
Jusqu'à maintenant, le temps a travaillé en faveur du " croissant de lune radical " : et l'Amérique ne pourra pas tolérer longtemps de nouveau progrès de cette alliance anti-américaine. Quelle réponse les USA et Israël peuvent-ils à la croissance du radicalisme au Moyen Orient ?
Une occupation de l'Iran par des troupes US n'aura pas lieu. Avec la décision de Bush, communiquée le 11 janvier 2007, d'envoyer 21'500 soldats de plus en Irak, ce qui coûtera 6.8 milliards de dollars, il est clair que les USA ne disposent plus des ressources suffisantes pour attaquer et occuper aussi l'Iran. Mais, d'autre part, le Liban a démontré qu'une ou des opérations limitées telles que des bombardements effectués par l'aviation risquaient de ne pas atteindre leur but, surtout que les installations iraniennes sont nombreuses et réparties dans tout le pays. Bien sûr, il faut prendre au sérieux les menaces israéliennes : Si Olmert a inclus Israël sur la liste des puissances nucléaires, c'est bien parce qu'Israël envisage des options violentes aussi contre l'Iran. Mais il y a quant même loin de la parole à l'acte, il y a aussi une certaine distance (1600 Km) entre Tel Aviv et Téhéran… En fait, il y a plusieurs années, qu'on peut lire régulièrement des articles de journaux sur l'imminence d'une attaque israélienne contre l'Iran, Mais jusqu'ici, elles ne se sont jamais produites : D'une part, l'Iran a certaines capacités de défense et de riposte, ensuite, même des aventuristes tels qu'Olmert et Bush doivent aussi même envisager les conséquences d'une telle attaque - par exemple sur la situation en Irak et la radicalisation du monde arabe ! A mon sens, les israéliens n'effectueraient une telle attaque qu'après avoir soigneusement pesé tous les risques et avoir reçu toutes assurances de soutient à court et long terme de la part de Washington, que celle-ci ne semble pas encore avoir donné. Mais allez savoir ce qui se manigance vraiment dans l'ombre entre Tel Aviv et Washington…
Palestine occupée : Israël a commencé, avant même l'aventure libanaise de juillet, une escalade de la violence qui a abouti à une guerre prolongée et sans merci dans les territoires palestiniens occupés, particulièrement à Gaza. Et, après les revers au Liban, l'anéantissement du Hamas semble à court terme, le but stratégique principal d'Israël. C'est pourquoi Israël se prépare à continuer cette guerre à long terme, dans le but d'épuiser le peuple palestinien et de briser sa résistance. Nul doute que la guerre et les mesures répressives contre les populations civiles ne feront que s'accentuer dans les prochains mois. Bien sûr, les israéliens ne manqueront pas de faire des semblants de propositions de paix de temps à autre, pour tromper l'opinion publique européenne avant tout, mais dans l'ensemble ils ne feront que rechercher une victoire militaire définitive. Pourtant, le résultat de cette guerre ne sera pas de briser les palestiniens, mais bien, comme par le passé, d'augmenter leur volonté et leur capacité de résistance. Ce qui devrait se solder par une isolation croissante d'Abbas. Les Israéliens auront soin d'être assez bornés pour se garder de faire la moindre concession importante et qui soit de nature a renforcer le prestige défaillant d'Abbas en améliorant la situation des palestiniens. On peut donc prévoir que la situation dans les territoires occupés va continuer à se dégrader. Ce qui ne sera pas sans provoquer la colère de plus en plus intense de l'opinion publique arabe. Et une radicalisation continue de celle-ci !
Nouvelle guerre au Liban ? Israël a indiqué à plusieurs reprises espérer avoir obtenu des progrès militaires décisifs d'ici à l'été 2007 : Ils auront amélioré le système de défense des chars Merkava, tracé de nouvelles cartes du Liban, entraîné leurs soldats en fonction de la tactique du Hizbollah… Pour sûr, ils préparent frénétiquement une nouvelle offensive au Sud-Liban. Il est assez certain que la FINUL ne pourra ni désarmer le Hizbollah ni empêcher les approvisionnements depuis la Syrie. C'est pourquoi il faudra qu'Israël, sous un prétexte ou un autre, intervienne directement. Cependant, tant la crise politique en Israël (la méfiance contre Olmert, Péretz et consort) que la mauvaise atmosphère qui règnera dans l'armée tant qu'Halutz n'aura pas démissionné, sont des facteurs de ralentissement. En outre, vu l'inefficacité de la guerre aérienne, il faudra rassembler des ressources en troupes terrestres (et marines) beaucoup plus importantes qu'en 2006 !
Syrie : À mes yeux, la Syrie est un maillon faible dans la chaîne du croissant radical - Syrie - Hizbollah : Est-ce qu'Israël ne se laisserait-il pas tenter par une attaque combinée contre la Syrie et Hizbollah, l'été prochain, si on a pu réarmer à vitesse suffisante et réunir les conditions pour telle attaque ? Cela ferait bien plaisir aux américains qui donneraient leur feu vert à une agression contre la Syrie, pays limitrophe de l'Irak et opposé à la guerre américaine. Mais voilà, à nouveau se pose un problème de ressources : Faut-il, en affrontant à nouveau Hizbollah, ce qui est (comme on en a fait l'expérience) une tâche assez épineuse, augmenter encore les risques en occupant la Syrie ? A moins de circonstances exceptionnelles, je doute qu'Israël et les USA ne tentent vraiment de renverser Bashir Al Assad et d'occuper la Syrie (encore que l'on sache que les USA se sont déjà organisé quelques Chalabis aptes à gérer un régime d'occupation si besoin est). On doit plutôt s'attendre à une offensive locale à l'Ouest de la Syrie à la frontière libanaise avec une éventuelle tentative d'occupation de ces régions, si possible couplée avec une occupation du Sud Liban et du Liban de l'Est jusqu'à la hauteur de Baalbeck. Je voudrais signaler ici que le général Halutz a visité les hauteurs occupées du Golan fin octobre 2006 pour une inspection " de routine ". Et l'Etat major israélien a fait savoir en novembre qu' "une guerre avec la Syrie en 2007 est possible. 7) En termes clairs, cela veut dire que l'armée israélienne travaille activement à affiner l'option d'une guerre d'agression contre la Syrie (combinée ou non avec l'option attaque au Liban).
6. Il faut agir!
Il n'y a aucun doute sur le fait que les pyromanes de Washington et Tel Aviv préparent actuellement de nouveaux scénarios d'agression au Moyen Orient. La situation ne semble calme que parce que les temps ne sont pas encore mûrs pour un nouveau round. Mais nous devons nous préparer à la probabilité de nouvelles escalades au cours de l'année 2007.
Il faut aussi voir que la polarisation politique, en ce qui concerne la Palestine, risque aussi s'accentuer en Suisse :
L'UDC et en partie aussi les Radicaux et le PDC risquent de se prononcer de plus en plus clairement pour la confrontation avec le monde arabe et musulman sous le prétexte de combattre la " terreur islamique " (avec tous les rebondissements que cela suppose dans le domaine de la politique intérieure et du racisme contre l'immigration musulmane). Ils prendront fait et cause pour Israël, pour les USA, peut-être aussi pour Abas, contre l'Iran, contre Hizbollah, contre le Hamas.
La gauche sera confrontée à de nombreuses difficultés et elle risque de se laisser désorienter en acceptant que les facteurs de déstabilisation et de guerre ne sont pas les USA et Israël mais bien l'Iran, Hizbollah, etc. Le lobby pro-israélien va devenir de plus en plus actif et multiplier les initiatives, aussi en direction de la gauche et en utilisant un langage " de gauche ", pour justifier la politique d'Israël et le nettoyage ethnique des Palestiniens. On va nous rabattre les oreilles avec le soi-disant holocauste qui menace si Israël n'abat pas sa ration quotidienne de civils Palestiniens ou Libanais, etc. A l'intérieur du PS et même aussi chez les verts, il y aura longtemps beaucoup d'illusions quant à la nature de l'état d'Israël et il faudrait faire face à la tentation de s'aligner plus ou moins sur l'UE. Pourtant, je note que certaines déclaration des Conseillers Fédéraux socialistes (Calmy Rey et Leuenberger) en 2006 ont été positives et témoignent de la critique croissante que suscitent, dans notre opinion publique, avant tout les opérations militaires d'Israël contre les populations civiles, tant dans les territoires occupés qu'au Liban. Elles témoignent aussi du fait que ces personnalités ont en partie compris la nécessité de mener un vrai dialogue avec le monde arabe et le monde islamique, sans pressions et diktats européens. Ces déclarations, qui ont déclenché l'ire de l'UDC (et d'autres) ont placé la suisse, à mon avis, dans une position plus progressiste que la moyenne de l'UE. Elles devraient nous permettre d'approfondir la discussion sur Israël et les critiques de l'état hébreux, de son idéologie et de ses méthodes.
Tout cela me dit que nous aurons beaucoup de travail en 2007 afin de faire comprendre à l'opinion publique quels sont les enjeux. Ceci dit, les amis des palestiniens et des peuples arabes disposent de beaucoup d'arguments. Avant tout, il faudra faire avancer l'idée qu'Israël n'est pas une victime mais un état agresseur, fauteur de guerre et complice des Néocons américain dans leur entreprise de consolider leur mainmise sur le pétrole par une politique basée sur la force au Moyen Orient! La politique israélienne et américaine nous donnera aussi beaucoup d'occasion de promouvoir la solidarité avec le peuple palestiniens et les autres peuples du Moyen Orient. Nous avons des réelles chances, qu'il faudra saisir, de faire résonner nos appels !
Non à toute politique coloniale occidentale au Moyen Orient, Non à la complicité avec les USA!
Règlement pacifique du problème palestinien sur la base du droit international et des résolutions de l'ONU 191/48 (droit au retour) et 242/67 (fin de l'occupation et de la colonisation)
Stoppons la politique criminelle d'Israël (extérieure et intérieure) !
USA-Israël: Bas les mains en Palestine, en l'Irak, en l'Iran, au Liban et en Syrie!
Laurent Vonwiller
Membre du comité de l'association "Palästina-Solidarität Region Basel", membre du Comité des Verts de Bâle - Ville.
30.11.2006 (version française actualisée du 10.1.2007)
Sources et remarques
1) Seymour Hersch: "Washington's Interests in Israel's war", NYT 21.8.2006
2) Robert Parry: "Bush wants wider war", Consortium news, 3.8.2006
3) A lire: Emmanuel Todd, "Après l'empire", Gallimard 2002; particulièrement le chapitre "ouverture", Seiten 9-22
4) Voir par exemple l'article de Ze'ev Schiff: "Let's go real", Haaretz, 20.10.2006
5) A. Harel & Y. Stern: "All is quiet on the northern border - for now", Haaretz, 15.10.06
6) Par ses tentatives d'affamer le peuple palestinien à la suite de la victoire du Hamas aux élections de janvier 2006, l'UE s'est complètement démasquée. On demande au Hamas de reconnaître Israël. On n'a jamais demandé à Israël de reconnaître la Palestine. Israël n'a jamais dû prendre l'engagement de se retirer de territoires qu'il a en partie annexé (Jerusalem-Est) ou dont il a annoncé l'intention de les annexer (vallée du Jourdain, colonies comme Maale Adumin, etc.). Deux poids, deux mesures !
7) Amir Oren: "IDF girds for possibility of war with Syria, Hezbollah in 2007", Haaretz, 06.11.2006
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